Kigali 2026 : l’Afrique veut enfin sortir de l’économie coloniale.
- 15 mai
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Pendant des siècles, l’Afrique a nourri le monde tout en restant pauvre.
Elle a fourni le coton sans posséder les usines textiles. Elle a extrait l’or, le pétrole, le cacao, le coltan ou le bois sans contrôler la transformation ni les profits. D’autres fabriquaient, d’autres vendaient, d’autres s’enrichissaient. Pendant ce temps, le continent africain restait enfermé dans un rôle de fournisseur de matières premières, hérité de la colonisation.
À Kigali, lors de l’Africa CEO Forum 2026, plusieurs dirigeants africains ont décidé de dire publiquement ce que beaucoup pensent tout bas : l’Afrique ne pourra jamais être libre économiquement tant qu’elle continuera à exporter ses richesses brutes pour racheter ensuite les produits finis à prix fort.
Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a cité l’exemple d’Airbus pour illustrer ce que peut produire une véritable stratégie industrielle collective. Airbus n’est pas né du hasard : c’est le résultat d’une vision politique, d’une coopération économique et d’une volonté de souveraineté européenne face à la domination américaine.
La question posée à Kigali est donc simple : pourquoi l’Afrique, avec plus d’un milliard d’habitants et des ressources immenses, serait-elle incapable de construire ses propres géants industriels ?
De son côté, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a mis en avant la réussite d’Aliko Dangote, devenu le symbole d’un capitalisme africain qui ose transformer localement les richesses du continent. Avec ses cimenteries, ses usines d’engrais et sa gigantesque raffinerie, Dangote démontre une chose essentielle : l’Afrique possède les compétences, les cerveaux et les moyens de produire pour elle-même.
Mais derrière ces discours se cache une réalité brutale.
Comment parler d’industrialisation alors que beaucoup de pays africains manquent encore d’électricité stable ?
Comment bâtir une souveraineté économique quand les banques préfèrent financer l’importation plutôt que la production locale ?
Comment construire un marché continental quand un entrepreneur africain a parfois plus de facilité à entrer en Europe que dans certains pays voisins africains ?
Même Aliko Dangote a dénoncé le scandale des visas africains, expliquant qu’un entrepreneur du continent doit souvent demander des dizaines d’autorisations pour circuler en Afrique. Une absurdité pour un continent qui prétend vouloir construire une union économique forte.
Le véritable problème africain n’est pas le manque de richesses.
Le problème, c’est l’organisation économique héritée de l’histoire coloniale : exporter brut, importer transformé, dépendre technologiquement de l’extérieur et rester prisonnier des monnaies, des marchés et des infrastructures contrôlés ailleurs.
Pendant longtemps, on a vendu à l’Afrique le mythe selon lequel elle devait rester une terre de consommation. Consommer les téléphones fabriqués ailleurs. Consommer les voitures fabriquées ailleurs. Consommer les médicaments fabriqués ailleurs. Consommer les vêtements fabriqués ailleurs.
Mais un continent qui ne produit pas devient dépendant. Et un peuple dépendant économiquement finit toujours par perdre une partie de sa souveraineté politique.
Le thème du forum — « Scale or Fail » (« atteindre une taille critique ou disparaître ») — résonne presque comme un avertissement historique. L’Afrique devra choisir : soit elle construit enfin ses propres industries, ses propres technologies et ses propres réseaux économiques, soit elle restera éternellement le réservoir de matières premières du reste du monde.
L’enjeu dépasse largement l’économie.
Il s’agit aussi de dignité, de pouvoir et d’indépendance.
Car aucune grande puissance dans l’histoire ne s’est développée uniquement en vendant ses ressources naturelles aux autres. Les États-Unis, la Chine, l’Europe ou le Japon ont bâti leur domination grâce à l’industrie, à la transformation et à la maîtrise technologique.
L’Afrique arrive aujourd’hui à un moment décisif de son histoire.
Soit elle continue à regarder ses richesses quitter ses ports sous forme brute.
Soit elle décide enfin de transformer elle-même ce qu’elle produit, de former ses ingénieurs, de protéger ses industries et de construire un modèle économique pensé pour les Africains.
Le combat industriel africain n’est plus seulement une question de croissance.
C’est désormais une question de libération.








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